Oeuvre hermann de vries

DESIGN ET ART ENGAGé

 
herman de vries* (qui épelle son nom en minuscules), est un artiste néerlandais né en 1931 à Alkmaar, aux Pays-Bas. Ancien naturaliste de métier, il associe son travail à une forme de contemplation de la nature. En effet, il consacre à l’art la capacité de mettre en avant la réalité primaire de la nature et l'universalité du paysage. Ce regard sur le monde est fortement influencé par la philosophie orientale (notamment bouddhiste et hindouiste) et la poésie. Ses réflexions sur l’universalité l’encouragent même à reconsidérer son approche de l’écriture : « j’écris en minuscules depuis 1956 environ. la raison est que je suis opposé à toute forme de pensée hiérarchique ».

 

L’art comme médiation entre l’homme et la nature
herman de vries défend une nature qui serait elle-même artiste de ses propres créations. La nature de l’artiste se suffit à elle-même et n’a pas besoin d’être embellie par l’art. Elle s’oppose en ceci à la doctrine classique qui soutient que le rôle de l’art est d’offrir une “belle représentation” des choses. Pour de vries, la « nature est art » car elle est une création perpétuelle. C’est pourquoi il considère que l’art fait office de médiation entre l’homme et la nature. L’art aide à restaurer l’unité que nous formions avec la nature mais que nous avons perdue à force de nous en éloigner, de la modifier et de la détruire. Selon de vries, nous avons si bien oublié que la nature est l’art par excellence, que seul un artifice de plus, celui de l’art humain, peut nous aider à la retrouver. Pour cela, il invite le spectateur à contempler la nature et à la redécouvrir par le biais de ses œuvres. Ainsi herman de vries sublime la nature en la sortant de son contexte ou en lui délimitant simplement un espace.

 

Design Art
La nature c’est la vie, et la vie est l’art

 

Alors que le Land Art voit la nature comme un substitut avantageux aux espaces des galeries et des musées, herman de vries ne considère pas la nature comme une scène d‘exposition. Il préfère plutôt présenter la nature sous forme d’extraits ou de “tableaux herbiers” qui révèlent sa beauté. de vries appréhende la nature comme étant la vie et la vie comme étant l’art. De fait, l’artiste refuse d’intervenir sur le paysage qui, selon lui, n’a pas besoin d’être transformé ou altéré par des artifices. Les extraits de nature de de vries, se concentrent ainsi sur ce que l’on ne regarde plus, ce qui paraît sans intérêt. Ces préférences témoignent de la véritable passion que l’artiste voue aux plantes, qui sont à ses yeux « la base de la vie sur terre» en ce qu’elles «nous fournissent nourriture, beauté, guérison, expériences spirituelles».

 

« Nous nous sommes tellement éloignés de la nature, nous l’avons tellement modifiée, manipulée, détruite, nous avons si bien oublié qu’elle est l’art par excellence, que seul un artifice de plus, celui de l’art humain, peut nous aider à la retrouver. parce que nous avons perdu toute relation d’immédiateté avec la nature, nous avons besoin de la médiation supplémentaire de l’art pour restaurer l’unité que nous formions avec elle »

 

Book
Design Art
in memory of the scottish forest, 1998
in memory of the scottish forest, 1998 est un livre rassemblant les noms de 178 forêts disparues mais figurant toujours sur les cartes géographiques. herman de vries y retrace l’origine topographique de ces forêts écossaises qu’il a découvertes. Ce travail lui permet d’illustrer la réalité primaire de la nature, base de toute notre vie humaine.
 
« Il fut un temps où l'écosse était recouverte de denses forêts. dans l'antiquité, le nom latin de l'écosse, au nord de la rivière clyde et du golfe de forth, était “calédonie”, “forêt épaisse” en celte.
En 1986 j'ai voyagé durant quatre semaines à travers l'écosse pour préparer l'exposition itinérante the unpainted landscape [le paysage non peint]. sur les cartes topographiques dont je me servais, figuraient de nombreux noms de forêts – mais sur le terrain, il n'y avait plus d'arbres, tout était nu.
Tim Clifford, du département pour la protection de la nature, m'apprit que la plupart de ces endroits étaient autrefois couverts de pins et de chênes centenaires. à la suite de l'occupation anglaise, les arbres ont été abattus, moins pour la production de bois de charpente que pour la production de charbon de bois servant à fondre le minerai de fer, mais aussi pour faire place à des pâturages pour les moutons. cela a radicalement changé le paysage, a conduit à une paupérisation de la population, et provoqué une immense atteinte à la biodiversité. » 
herman de vries, novembre 2007.

 

Design from earth
Design from earth
Design from earth
from earth, 2015
from earth: everywhere est un tableau mural comprenant 84 frottements de terre sur papier, provenant de différents espaces cultivés du monde (champs, sentiers). Les différences de teintes et de tons qui séparent les échantillons peuvent être attribuées au niveau de croissance des plantes et des arbres à proximité des terres ainsi qu’à la qualité de l'intervention humaine sur ces sols. Les nuances de l'œuvre témoignent donc de l’histoire qui est préservée par la terre sur laquelle nous marchons et du rôle que nous jouons dans sa composition. Au moyen d'une action minimale - frotter la terre sur du papier - de vries nous plonge de manière symbolique dans l’histoire d’une société, d’une civilisation.
Retrouvez la rubrique « Design et Art Engagé » de la Newsletter précédente par ici.
                                              

 

 

 

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